La nomination d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement de transition répondait à une logique de compromis portée par le Conseil présidentiel de transition (CPT). Il s’agissait d’incarner une gouvernance collégiale, fondée sur la souveraineté nationale et la concertation. Or, les orientations prises depuis lors dessinent une double rupture : avec l’organe qui l’a désigné et avec les attentes profondes du peuple haïtien.
Dans un cadre transitoire, la légitimité du Premier ministre procède du consensus politique incarné par le CPT. Son action devait s’inscrire dans une coordination étroite et un respect des orientations collectives. Pourtant, l’autonomisation progressive de l’Exécutif, la marginalisation du CPT dans certains choix majeurs et l’absence de mécanismes clairs de reddition de comptes fragilisent ce pacte initial. Une fonction déléguée semble ainsi se transformer en pouvoir personnel.
Parallèlement, la source de légitimité recherchée interroge. L’action gouvernementale apparaît davantage adossée au soutien des partenaires internationaux qu’à un dialogue structuré avec les forces vives nationales. Si l’appui extérieur est nécessaire, il ne peut se substituer à l’adhésion populaire. En privilégiant cette reconnaissance externe, le pouvoir donne l’image d’un État plus redevable aux agendas internationaux qu’aux priorités de la population.
La transition devait rompre avec les pratiques du passé : dépendance extérieure, gouvernance opaque, décisions sans ancrage populaire. Lorsque le pouvoir se construit davantage dans les salons diplomatiques que dans la concertation nationale, l’espoir d’une transition souveraine s’érode.
La question centrale demeure : à qui le pouvoir de transition rend-il des comptes ? En s’éloignant du CPT et en privilégiant l’appui extérieur, le Premier ministre rompt le double lien qui fonde la légitimité en période transitoire : fidélité à l’accord politique initial et engagement envers le peuple haïtien.