Le rappeur port-de-paisien Kendy Saint-Fleur alias KenFS raconte dans la première musique de son EP ( extended Play) baptisé RESKAPE le chapitre de sa vie qui lui a permis de vivre les « injustices constamment consolidés » par la justice haïtienne.
Le morceau RESKAPE est le Théâtre de témoignages de l’arrestation subie le 13 Mars 2011 par KenFS alors étudiant à l’université Valparaiso , accusé à tort dans un acte d’ enlèvement ( kidnapping). Libéré 16 mois plus tard, KenFS s’est assuré de raconter son calvaire en chanson.
Des conditions inhumaines d’incarcération…
Les conditions d’incarcération , l’absence de volonté des politiques de proposer une redistribution plus équitable de la justice, la corruption et le trafic d’influences, les complots et revanches personnels « actés » par de gros bras du système judiciaires sont pointés du doigt par KenFS .
Victime d’un complot dans lequel son propre avocat serait impliqué . Des proches l’auraient révélé être la cible d’une attaque personnelle ; en fait , une revanche fomentée par un « ennemi de sa famille » . Il révèle l’absence d’éthique de son avocat « Lèm vin konprann kondanasyon m te planifye, avoka mwen rate tout odyans yo »
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Le rappeur a été parmi les milliers de prisonniers dont on oublie les droits : Le système judiciaire s’assure d’infliger de profondes stigmates à toutes celles et tous ceux qui sont considérés comme fautifs « …24 desanm 2012 , M ap mande tèt mwen si m moun tou. Fè de (2) jou nan yon kacho nan prizon ak yon moun fou » .
En outre, même la sécurité des prisonniers est négligée, notamment lors de leurs transferts : « Transfè mwen pasi pala, nonm nan yon pakèt rejis. Kite prizon gonayiv mare ak yon lasèt tenis. De bra dèyè do, selil kraze m pran gaz… »
Cet hommage à la lutte pour la dignité des personnes incarcérées ( parfois victimes de simples complots) qui se font déshumaniser en raison de leur incarcération alors que 90 % de la population carcérale n’a jamais été présenté devant un juge survient à un moment où la justice est pliée aux désirs d’un apprenti autocrate. Nous nous souvenons des déclarations du président de la République qui a affirmé à Paris avoir nommé pas moins de 50 juges corrompus.
Après la chute, la lumière au bout du tunnel …
Le rappeur KenFS ( le black lyriciste) qui semble avoir inversé les possibles affres de cette fenêtre de sa vie en rendant positif les « coups qu’il a subis» quasiment dans un processus de fortification. Ce chapitre troublant de sa vie l’a également responsabilisé par rapport au niveau d’utilité qu’il doit faire imprégner son rap. Son rap a donc désormais l’empreinte d’une lutte : « …Ou te avèg lè w antre, ou pral sòti ak vizyon w… »
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Alors qu’il risquait dix ans d’emprisonnement, KenFS s’est hissé – à raison cette fois- parmi les profils les plus prometteurs de la musique haïtienne. A présent, il a explosé de tout son talent, trainant derrière lui cette histoire d’emprisonnement qui fait de son message un témoignage vrai et cru charriant les griefs d’une couche qui souffre amèrement. D’où ses paroles : « … Si avni m anba dlo a , konte konbyen fwa m plonje pou m pran l.M s on Reskape k ap ranmase panse l» .
L’histoire personnelle de KenFs ressemble à bien des égards au fameux « American Dream » et au parcours de rappeurs américains. Kendy Saint-Fleur voit de l’avant, construit sa carrière mais reste sensible aux combats populaires et aux conditions inhumaines des prisons haïtiennes, mais également le pouvoir des privilégiés du système judiciaire et leurs prédispositions à en abuser. KenFs le dit si bien: ” J’ai choisi de me venger avec une plume”.
La Chronique