« L’électrification d’Haïti ne peut se faire qu’avec tout le monde : c’est l’affaire de tous.
Il faut d’abord maintenir ce qui existe, avant de passer à d’autres projets. » Ministre des TPTC
Dans le contexte de refondation nationale que traverse Haïti, la question de l’énergie ne peut plus être traitée comme une suite d’urgences ou d’annonces ponctuelles. Le véritable enjeu n’est pas de multiplier les projets, mais de donner une direction claire et durable à ceux qui existent déjà. Autrement dit, il s’agit désormais de passer des projets à une trajectoire nationale.
Des initiatives énergétiques existent. Des financements ont été annoncés. Des partenaires sont engagés. Pourtant, l’impact global reste limité. Ce paradoxe met en lumière une réalité souvent évitée : Haïti ne manque pas de projets, elle manque de continuité et de cohérence.
Pendant longtemps, l’énergie a été pensée projet par projet, souvent en réponse à une crise immédiate ou à une opportunité de financement. Cette approche a permis certaines avancées, mais elle a aussi produit une fragmentation des interventions, un manque de coordination entre acteurs et une faible capitalisation des expériences. Chaque nouveau projet tend à recommencer là où le précédent s’est arrêté.
Or, une politique énergétique crédible ne peut reposer sur une accumulation d’initiatives isolées. Elle doit s’inscrire dans une vision partagée, suivie dans le temps et comprise par tous. Maintenir ce qui existe, sécuriser ce qui est en cours, puis organiser la suite : cette logique de continuité est la condition pour transformer des projets dispersés en véritable politique publique.
C’est précisément dans cet esprit que s’inscrit l’Atelier de Réflexion sur l’Énergie en Haïti (AREH). L’AREH n’a pas vocation à annoncer un projet supplémentaire. Son objectif est plus structurant : aligner les acteurs, créer un langage commun et poser les bases d’un cadre national capable d’ordonner les efforts existants.
Passer des projets à une trajectoire nationale suppose des choix clairs : définir des priorités à moyen et long terme, répartir les rôles entre l’État, les opérateurs, les collectivités et les partenaires, et instaurer des règles stables garantissant la continuité des engagements. Sans ces éléments, même les meilleures intentions restent fragiles.
L’enjeu est profondément politique. Comme l’a rappelé le Ministre, maintenir l’existant avant d’aller plus loin n’est pas un signe d’immobilisme, mais une condition de crédibilité. Aucun pays ne peut réussir sa transition énergétique en laissant se dégrader ce qu’il possède déjà, ou en multipliant les annonces sans suivi.
Passer des projets à la trajectoire nationale, c’est donc changer de posture. C’est faire le choix de la discipline collective, de la continuité de l’action publique et de la cohérence dans le temps. C’est à ce prix que l’énergie cessera d’être un problème récurrent pour devenir un véritable levier de développement et de souveraineté nationale.